Georges…

Georges avait fini sa journée. Il était trempé de sueur et sa figure était aussi rouge que la couleur de ses poteries car Georges était potier. Georges était un homme taciturne, petit et le corps lourd; la première chose que l’on remarquait chez Georges était ses mains. Ses mains en disaient long sur son travail. Épaisses, craquelées par l’acidité de la terre qu’il façonnait à longueur de journée. Elles étaient énormes; ses doigts ressemblaient à de grosses saucisses, les ongles étaient courts et des particules de terre restaient collées en dessous. Avec le temps, ses mains avaient pris une étrange coloration rougeâtre.  Georges n’avait pas ce que l’on pouvait appeler de belles mains, c’était des mains de travailleur. Quiconque qui ne connaissait pas Georges aurait pu dire que c’était des mains d’honnête homme mais ceux qui le connaissaient auraient hésité à dire une telle chose; non pas que Georges ne fut pas honnête mais il y avait autre chose… On n’aimait pas Georges, peut-être parce qu’il ne regardait jamais personne en face comme si regarder quelqu’un droit dans les yeux lui était insupportable.

Chaque soir, le travail fini, il rentrait chez lui en saluant juste d’un signe de tête les quelques personnes qui avaient le courage de lui parler car Georges faisait peur.On aimait son travail. On aimait la qualité de ses poteries. On aimait la couleur de ses poteries. Mais on n’aimait pas Georges.Ses poteries étaient si belles, si brillantes et leur couleur si indéfinissable. Elles étaient d’un beau rouge brillant et profond; on avait envie d’y toucher. Si on y regardait de plus près, on y apercevait différentes nuances, du gris au noir et même quelques fois un peu de bleu.Le rouge dont Georges se servait, semblait vivant.Personne n’avait jamais pu reproduire son fameux rouge. Le rouge Georges. Son atelier ne manquait pas de travail. De temps à autre, on voyait arriver de jeunes apprentis. Georges en avait souvent qu’il recrutait auprès des écoles pour élèves en difficulté ou encore auprès des orphelinats.Il voulait aider disait-il mais aucun de ses apprentis ne restaient, sûrement que ces délinquants finissaient par être rattrapés par leur passé.
Sortis de l’école, avec un peu d’argent en poche, il profitait du séjour chez Georges pour s’échapper, enfin c’est ce que les directeurs d’École ou d’orphelinat avait expliqué à Georges. Georges avait à nouveau un apprenti , il s’appelait Rémi. Un jeune garçon maigre avec les cheveux roux, affublé d’une casquette qui ne le quittait jamais. Il passait son temps à regarder Georges; il lui posait des milliers de questions auxquelles Georges ne répondait que par des « mmm ».
C’était un bon apprenti, le meilleur qu’il avait eu jusqu’à présent, pas comme les derniers qui ne parlaient que des filles et qui se moquaient de Georges dès qu’il avait le dos tourné. Mais Georges savait qu’un jour ce serait lui le gagnant et qu’à ce moment là, ils ne riraient plus de lui car nombreux étaient ceux qui l’avaient supplié, ou s’étaient mis à pleurer comme des enfants. Mais Georges commençait à être « encombré »  par son apprenti. Il était là depuis près d’une année mais comme une grosse commande de poteries était arrivée, le maire de la ville voisine avait entendu parler de lui et voulait que ses poteries ornent les rues de sa ville.
Donc, pour l’instant il était bien obligé de le supporter encore un peu mais il le savait, ce ne serait plus pour longtemps.  La semaine suivante, il donna ses instructions à son apprenti. Rémi se chargerait de l’approvisionnement, de nettoyer les tours à poterie, le sol de l’atelier et lui, il façonnerait les poteries et appliquerait en dernier lieu son fameux rouge.Ils travaillèrent durement toute la semaine et enfin les pots s’alignèrent sur l’étagère, prêts à être mis au four. Il ne manquait qu’à badigeonner les pots en rouge.Georges donna à Rémi, un pot de couleur mais arrivé à la fin de la journée, Rémi manqua de couleur et voulut descendre en chercher à la cave.Georges entra dans une vive colère et lui demanda de retourner immédiatement à l’atelier, sans quoi il perdrait sa place.Les colères de Georges étaient fameuses par conséquent, Rémi préféra remonter à toute vitesse vers l’atelier.Georges revint avec un nouveau pot de rouge, le donna à Rémi sans un mot. La journée continua sans qu’un seul mot ne fût prononcé.

Le soir, Georges redescendit à la cave et demanda à Rémi de lui déposer quelques pots vides devant la porte de la cave avant de partir. Rémi descendit les escaliers prudemment avec les pots dans ses bras, des bruits de coups résonnaient dans la cave. Rémi était mal à l’aise sans savoir pourquoi. Tandis qu’il déposait les pots, la porte s’ouvrit violemment et laissa apparaître un Georges furieux.
–         Es-tu entrain de m’épier? lui hurla-t-il
–         Non, non, bredouilla Rémi je posais juste les pots.
–         Bien file à présent hurla Georges.
Rémi fila à toute allure de l’atelier et se retrouva dans la rue, haletant et tremblant de peur. Il constata bien vite qu’il avait oublié sa veste. Le soir était froid, il ne pouvait attendre demain; de plus le surveillant du pensionnat ne manquerai pas de lui faire remarquer son air débraillé.Il entreprit de revenir sur ses pas. Après tout, il n’y avait aucun risque Georges serait sûrement déjà parti car c’était un homme d’habitudes.
Une fois devant la porte de l’atelier, il ouvrit doucement la porte. L’atelier était silencieux et sombre. Georges avait quitté les lieux. Il prit sa veste restée sur le porte-manteaux mais au moment de partir, il se dit qu’il pourrait  peut-être en profiter pour aller à la cave. Georges ne le saurait jamais et cela satisferait sa curiosité. Il connaîtrait enfin le secret de Georges.Tranquillement, il descendit les marches menant à la cave. Il y faisait froid et humide. Une odeur âcre et écoeurante flottait.

Rémi pensa qu’un chat ou un rat devait être mort dans un recoin.Une fois devant la porte, il hésita et puis se dit qu’après tout il pourrait peut-être découvrir le secret du rouge de Georges. Il entra, trembla avec l’impression de violer un tombeau; il était mal à l’aise sans vraiment savoir pourquoi, après tout il était sur son lieu de travail mais quand même son estomac était serré et il avait du mal à respirer.L’atelier était plongé dans la pénombre et l’odeur était presque irrespirable. Rémi avait envie de vomir mais courageux il continuait à progresser dans la pénombre car il voulait connaître le secret de Georges pour le lui voler et devenir riche.Ses yeux c’était enfin habitué à la pénombre et finit par trouver le commutateur. La lumière se fit dans tout l’atelier mais ce qu’il vit le laissa stupéfait, incapable du moindre mouvement.

Des pots de verre étaient alignés sur les étagères, remplis d’un liquide rouge. Sous les étagères, des vêtements étaient éparpillés. Des vêtements de petite taille pour la plupart et qui ne pouvaient pas appartenir à Georges mais surtout étaient empilés des membres humains dans un gros bidon qui servait habituellement à l’eau qui était utilisée pour le façonnage de la poterie.Rémi tomba à genoux, se mit à vomir violemment et fut pris d’une crise de tremblements. Il comprit instinctivement d’où venait le fameux « rouge » de Georges. C’était les apprentis, le sang des apprentis qui disparaissaient du jour au lendemain sans jamais laisser de traces. Rémi comprit qu’il serait le suivant. Il devait fuir immédiatement et ne jamais revenir. Il devait appeler la police, prévenir quelqu’un du drame. Il se releva péniblement et se dirigea vers la porte mais au moment d’atteindre la poignée. Georges ouvrit la porte.

Le regard de Georges était froid et sans vie; il regarda Rémi et lui dit :
–  Je vois que tu as découvert mon secret; tu comprends bien maintenant que je ne peux pas te laisser partir. Tu vas être ma grande réussite car j’ai enfin mis au point un procédé qui rendra mes poteries uniques au monde car la couleur rouge, mon rouge aura la capacité de changer avec la température ambiante. Je serai le seul et unique détenteur de ce secret. Et toi, bonhomme, tu vas être célèbre car tu vas finir ta courte vie chez un grand ponte à costume!

Rémi se mit à crier, à hurler avec l’idée folle que quelqu’un l’entendrait mais au fond de lui, il savait que c’était peine perdue. Il se mit à courir mais Georges l’attrapa et la dernière chose que Rémi vu, fut la main de Georges s’abattre sur lui…   

3 réflexions au sujet de “Georges…”

  1. Wowwwwwwwwwwww Assez morbide ton travail !!Promis Miquette je ne descend plus a la cave d’ici les quarantes prochaines années lollllllllllllllllllll

    P.s j,ai quand même réellement aimé ton texte même si a présent je comprends quand tu me dis que tu adorerais poussé ma chaise roulante QUAND JE SERAI VIEUX ««« jusqu’au lac »»» M.D.R

  2. Et moi je te fais la promesse que si un jour je vois du rouge sur tes poteries , je saute sur ma chaise roulante et roule, et roule , et roule encore très loin lollll

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